Mise à jour du 11 février
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Concentrations de PM2,5 mesurées dans Bruxelles (au centre de l'image) et ses environs, par l'IRCEL (irceline.be) le samedi 11 février 2017 à 12h00 heure légale.

Le beau manteau de l'hiver

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Les rails de Montparnasse sous la pollution, le 7 décembre. Photo François Mori/AP

Ah l'hiver et ses paysages enneigés, mais aussi ses tournées de salage des chaussées, les bas-de-caisse rongés, etc… Vous savez cette saison où la « nature » s'éveille lentement chaque matin en ouvrant ses lourdes paupières et s'endort lentement dans le creux de l'ellipsoïde solaire. Et puis la terre entre dans une longue convalescence, les feuilles qui sont toutes tombées des arbres ouvrent à la vue de profondes percées.

Mais avez-vous remarqué que depuis début décembre 2016, de nombreux pays d'Europe sont touchés par une importante pollution de l'air aux particules fines ? Que les seuls d'information ont été dépassés à plusieurs reprises ? Mais pas que, puisque des alertes ont été également lancées ? Je comptais écrire sur ce sujet lorsque les premiers pics se sont manifestés et puis les fêtes sont arrivées. Alors, étais-je persuadé, l'activité humaine se calmerait et par conséquent, sans cette agitation, la pollution aux particules fines se dissiperait.

Pas du tout ! Comme à chaque relâche hivernale, les villes grouillent d'hommes et de femmes éclairés par tous ces faisceaux de lumière artificielle. Les jours sont très courts et le ciel très gris mais ça court dans tous les sens. Je n'y coupe pas et je suis systématiquement pris dans cette frénésie. C'est vrai, vers la mi-novembre, il y a cette accélération caractéristique, comme à la veille d'un très gros bouclage. Et chaque année, on dirait que le mouvement s'accélère. Autrefois que faisait-on pendant la morte saison ? Lorsque les jours si courts que nous restions pas longtemps dehors ? La terre ne donnant pas, on se hâtait à l'intérieur, continuant nos travaux, nos bavardages et nos retrouvailles. Remarquez, nous y sommes toujours puisque nous circulons d'un intérieur chauffé à un autre, en contact permanent avec nos amis et nos proches grâce à la lourde opérativité des réseaux terrestres et satellitaires.

En décembre, au moment où je commençais l'écriture de ce bref article, j'avais pris pour point de départ la photo[1] ci-dessus. Elle dit à peu près tout du phénomène de pollution en cours.

Cette image, quel terrifiant aboutissement. Montparnasse le premier terminus dans l'histoire de la grande vitesse ferroviaire française. Sa tour d'affaires construite à la toute fin de la frénésie énergétique des Trente Glorieuses, achevée en 1973, la même année que le premier pic pétrolier. Elle fut récemment désamiantée. Depuis son sommet, on photographie plein sud un rougeoyant coucher de soleil hivernal coupé – c'est le cas de le dire – par une chape grisâtre que l'on devine être la fameuse cloche de particules fines dont on nous parle tant, stagnante en raison des conditions anticyclonique et de l'inversion de température entre le jour et la nuit. Quelle effroyable perspective qu'organise les rails luisants, les dizaines de milliers de tonnes de roche concassée pour le ballast, le béton des traverses, les remblais, les tranchées, les ouvrages d'art, le réseau électrique, etc… Dans l'image, tout semble être tiré dans le lointain alors qu'en s'élargissant progressivement vers le bas de l'image, l'arborescence des voies desserrent l'étau technique tout en préfigurant l'arborescence de buildings verticaux de la skyline moderne de l'ici.

Particules secondaires et neige industrielle

Ce soir à Bruxelles, à vélo, il m'était fort difficile de dire de quoi était fait ce brouillard que je traversais pour rentrer. Une chose est sûre, il n'y avait pas un souffle de vent. Tout ce qui flottait dans l'air, était-ce un phénomène purement atmosphérique ? Était-ce un – désormais classique – bain de particules fines ? Était-ce un mélange des deux ?

Pas si loin d'ici, en France, même dans des régions reculées comme les Hautes-Pyrénées les alertes aux particules fines sont tout aussi récurrentes que dans des départements plus urbains. Même en Bretagne, région loin d'importants piémonts et bordée par l'océan Atlantique au nord, à l'ouest et au sud, vous trouviez ces derniers jours les mêmes alertes et les mêmes « indices atmo » rouge vif dans le port de Brest.

La faute à qui donc ? À la météo anticyclonique bien sûr ! Un drôle de « qui » d'ailleurs ! Le plus bel exemple de cette dénonciation bien cocasse, on pouvait le trouver sur le site renseignant de la qualité de l'air en région Bourgogne :

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Oui, vous avez bien lu « les conditions météorologiques défavorables à une bonne qualité de l'air persistent ». Ce message d'alerte est, certes, un cas est isolé mais je le trouve symptomatique de notre attitude, en particulier des mesures qui sont prises pour limiter la pollution aux particules fines. Qui respecte la circulation alternée en estimant qu'une telle action individuelle bénéficiera à l'ensemble de la population ? Sur la route, quand on est autorisé à rouler, qui lève vraiment le pied ? Aussi, qui choisit de marcher ou de rouler à vélo plutôt que de sortir son SUV pour 1km ou 2 en roulant seul ?

Mais bien avant ces « ralentissements » – qui semblent aujourd'hui si nécessaires, au fait, les usagers ont-ils connaissance puis accès à ces cartes et à ces messages d'avertissement ? Il nous faut ces visualisations, sans quoi, comment « donner une réalité » à un sujet aussi complexe et ramifié que la pollution de l'air urbain ? En effet, comment fait-on pour rendre visible ces particules de moins de 10 ou de 2,5 micromètres ? A part en analysant ce que capte les faisceaux des phares de ces mêmes SUVs ?

En relisant l'alerte lancée en région Bourgogne (voir supra), il serait tout à fait équivalent de dire qu'en « temps normal » les conditions météorologiques sont suffisamment « dispersantes » pour ne pas respirer ce que nous émettons constamment. Car en fait, depuis début décembre un peu partout en Europe, il ne s'est agit que de cela : nous n'avons eu de cesse de mesurer, d'alerter et in fine de respirer ce que signifie maintenir tout notre confort « moderne » en hiver : chauffage, lumières halogène et légumes du soleil compris.

Tandis que je mets à jour ce billet, c'est un samedi après-midi gris, pour ne pas dire morne, le plafond est très bas et il tombe encore ces minuscules flocons. Rendons-nous compte, l'humain s'est immiscé jusque dans la chimie atmosphérique de la neige, au point de faire tomber çà et là une fine couche blanche que rien ne distingue de la neige ordinaire. Sauf peut-être l'intensité et le cumul de ces précipitations ainsi que l'épaisseur tenant au sol, seuls facteurs véritablement discriminants, du moins à l'œil nu.

Et bien, nous voilà bien enveloppés. Heureusement qu'un nouveau flux de sud-ouest apportera tout bientôt un air océanique sur l'Europe de l'ouest, dispersant nos émissions. Alors l'air aura été lavé et tout pourra continuer comme avant. Jusqu'au prochain pic qui survient souvent (comme en 2014, 2015 et 2016) peu de jours avant le printemps calendaire, donc autour du 21 mars. Alors ce seront les principalement les intrants des terres que l'on prépare qui inonderont l'air des villes. Heureusement, l'efficacité de ces méthodes fournira les légumes du soleil que nous adorons, effaçons pendant quelque temps l'empreinte de telles habitudes de consommation. Et ainsi de suite. Mais alors jusqu'à quand ?

Note

[1] Braconnée sur Internet je le reconnais. Elle illustrait un article du Monde, dont voici l'URL : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/12/12/le-pic-de-pollution-n-est-pas-venu-des-centrales-a-charbon-allemandes_5047702_4355770.html