En matière de photographie, il ne faut pas longtemps pour lire ou entendre que le passage de l'analogique au numérique est une dématérialisation qui ne dit pas son nom.

Sur le terrain, on distinguait à l'envi les « vrais » des « faux » photographes. Les premiers faisaient de l'agrandisseur et des bains, les seconds du pixel et de l'écran. Quand ils insolaient des kilomètres de bobines en plastique et déversaient des litres de produits éminemment toxiques pour eux et l'environnement, les autres participaient à l'épuisement des ressources d'or et autres terres rares.

Pour des historiens de l'art, la dématérialisation est un argument bien étrange quand on sait combien, nous n'avons pas cessé, tout au long du XXème siècle, de théoriser le médium comme un outil de matérialisation des intentions de l'artiste.

Mais soit, ce qui chagrine nombre d'auteurs, c'est cette petite – mais cruciale – étape de la traduction d'un signal lumineux en informations stockées sur une carte mémoire. Par cette transformation, c'est l'essence même de la photo-graphie qui serait perdue.