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Usure, excès d'usages et bénéfices de l'art & La chaleur de l'usure

A l'approche du vernissage de l'exposition collective La chaleur de l'usure en marge du colloque international Usure, excès d'usage et bénéfice de l'art, je me dois de vous rappeler la date du vernissage, ce que j'ai bien tardé à faire faisant face à des débordements de toute sorte.

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C'est ce jeudi 6 novembre à 19h à De Markten. Métro De Brouckère ou Tram Beurs. Plus d'informations dans le document ci-joint. Je partagerai l'espace avec l'artiste Mekhitar Garabedian. En espérant vous y croiser !

Le programme complet de l'événement ci-dessous.

Usure, excès d'usage et bénéfice de l'art

L'épuisement du visible (texte de l'épreuve de confirmation doctorale, 24 juin 2014)

J'avais promis de partager davantage de documents, voici un nouveau texte. Il s'agit du discours prononcé lors de ma confirmation doctorale, le 24 juin 2014 à La Cambre. Les moments qui l'ont précédée ont été d'une rare intensité, tout occupés par une décomposition complète de ce qui fait (est) une exposition.

Doctorants en Art et sciences de l'art, je n'allais pas me soumettre à l'exercice classique de soutenance, assis gentiment face à mon jury, dans un lieu exigu en lisant religieusement un discours soigneusement préparé. Non, il s'agissait ici d'un événement en trois temps, comme trois étapes, signifiés par une occupation particulière de l'espace. Le public pénétrait au 11ème étage de 427 Avenue Louise, à l'atelier de photographie. Dans un couloir en forme de « L », j'articulais les travaux de mes débuts. Le public était ensuite invité à s'asseoir, pour écouter une présentation d'environ 45 minutes. J'y faisais état de toute une série de postulats, de résultats et d'une impasse pratique, de laquelle je me suis sorti en acquérant un recul théorique. Je crois que c'est véritablement à ce moment là que j'ai compris ce qui liait intimement pratique et théorie.

Cette présentation était le « pont conceptuel » nécessaire pour atteindre le dernier volume de l'atelier, soigneusement fermé au public par une cordelette. Les jalons théoriques ainsi posés, nous pouvions apprécier les derniers développement de mes recherches plastiques, informées, bien évidemment, par mes recherches théoriques. Il s'agissait là de ma série Hraun, que vous pouvez apprécier sur mon site web.

Voici donc ce court texte, quelque peu revisité pour trouver une forme hybride entre pure expression orale et expression écrite.

07-l_epuisement_du_visible.pdf

Construire un paysage en pratique et en théorie et quelques mots sur la recherche en art

Après avoir passé avec succès l'épreuve de confirmation doctorale - sanctionnant deux années de recherches - ainsi qu'un été riche et intense, j'ai enfin pu transcrire le plan argumenté de mes travaux en cours. Il s'agit là d'un important document faisant en réalité office d'essai puisqu'à l'architecture de la thèse, s'ajoute un premier développement étoffé de ma réflexion sur le paysage. Ce document agrège deux mois de travail, avril et mai 2014. Et entre le présent billet et le précédent ce sont deux ans de travail qui se matérialisent ! Vous pourrez donc également juger du déplacement opéré entre octobre 2012 et aujourd'hui.

En alignant trois termes : marche, photographie et paysage, je tente de fonder un projet pratique et théorique. Comme je l'avance dans cet essai, le paysage est un milieu particulièrement favorable à la dissolution des dualismes classiques. Si d'ordinaire on parle d'études sur le paysage, elles se situent assez souvent d'un côté ou de l'autre mais travaillent rarement l'enchevêtrement auquel je m'affaire depuis octobre 2012. Comme j'aime à le dire, il ne s'agit plus d'écrire sur l'art mais dans l'art. En l'occurence, je n'écris pas sur le paysage mais bien dans un paysage que je m'affaire à construire.

Je dois tout de même dire que trouver des façons de voir pratique et théorie se nourrir l'une l'autre n'est pas chose aisée. Pour nous en convaincre, je rappellerai qu'en Belgique, les doctorants se trouvent à l'interface entre deux univers de l'enseignement supérieur tels des ponts conceptuels (conceptual bridge, voir Alan Trachtenberg, Reading American Photographs, New York, 1989), qui, soyant francs, ne s'étendent pas fort. Et pourtant il faut pouvoir répondre à des exigences doubles, artistiques et scientifiques, avancer sur les deux mais jamais de façon indépendante, toujours en corrélation, afin de former ce que j'ai appelé une connaissance agissante. Bruno Latour a bien repéré dans son Anthropologie des Modernes (Paris, 2012) le gouffre qui sépare la pratique de la théorie dans la formation d'une connaissance. Avec nos moyens, nous nous affairons à le rapiécer. J'y reviendrai, voir infra.

Dans le schéma ci-dessous, j'ai cru déceler la dynamique sous-jacente qui permet l'avancement des travaux.

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Ce n'est pas tomber dans un affreux relativisme d'avancer que la source de première main de cette recherche, c'est notre pratique. C'est elle qui pose un certain nombre d'enjeux et de questions pour lesquels des pendants théoriques existent. Reste encore à les trouver. C'est au contact de cet acte singulier de faire de l'art que s'ébauche une théorie, dans toute la largesse ou au contraire la précision de ce que ceci exige. C'est dans la pratique parfois hachée, faite d'arrêts et de reprises de toutes sortes et de toutes formes, que s'agrège le matériau vif de la recherche. Pour pondérer ce propos et passer tout en souplesse à l'autre pôle, j'indiquerai que la théorie ne constitue pas le réceptacle, le point d'arrêt, ou bien encore le recueil de l'absolue nécessité qui nous anime en tant qu'artistes à maintenir le projet. Avec une telle conjecture, ce serait postuler que toute l'énergie de la recherche viendrait précipiter dans l'enceinte rassurante du document thèse, le dépot en une cendre de lettres froides, la sérendipité propre à la recherche plastique (référence à Etienne Klein qui parlait d'une cendre de chiffres froids dans l'une de ses chroniques du jeudi matin sur France Culture, en 2014). Il n'en est rien. Je citerai Bruno Latour pour clarifier mon propos. Son anthropologie de l'activité scientifique nous indique bien la relativité du face à face ancestral lorsque la connaissance se constitue. Voici son analyse :

« Paradoxalement, ou bien l'on se concentre sur les extrémités (chose connue et sujet connaissant) et l'on ne voit rien de la chaîne qui ne pourra plus s'étendre ; ou bien on se concentre sur la chaîne : la chose connue comme le sujet connaissant disparaissent mais la chaîne, elle, va pouvoir s'étendre. »[1]

A l'appui de mes recherches en cours à propos du paysage, je crois identifier ici une critique de la position d'initiative que possède presque d'emblée la figure caricaturale du sujet connaissant et de ce face-à-face ancestral avec l'objet à connaître. Or, dans la recherche en art, nous ne sommes en face d'aucune espèce d'objets sinon d'objets-faits, c'est-à-dire des choses essentiellement fabriquées (ie. faites de main d'Homme) : une image, un tableau, une bande son, un geste dans l'espace, etc... Nous faisons face à une partie de nous-mêmes, à un certain nombre d'enjeux historiques, anthropologiques, philosophiques, tous devenus vifs par le geste artistique. Et il serait bien audacieux de considérer pouvoir les capturer scientifiquement, objectivement. D'ailleurs, objectiver sa pratique est une expression vide, certes elle aussi caricaturale mais avec laquelle nous nous faisons rebattre les oreilles assez bien souvent. Non ce sont ces « chaînes » qui importent plus que tout car nous sommes pris dans l'écriture de l'art entrain de se faire, pour reprendre le mot de Lucien Massaert (professeur à l'ARBA, Bruxelles). C'est un continuel work-in-progress (pléonasme). D'oû l'attrait pour cette chaîne, parlons d'un enchaînement. Pour qui pense encore à l'ancienne, pourrait-on dire, ce qui passe entre pratique et théorie, il ne faut jamais avoir lu l'anthropologie des Modernes de Latour ni l'anthropologie des lignes de Tim Ingold. Les deux anthropologues (est-ce un hasard, deux empiristes !) insistent à leur façon sur l'absurdité de la même assertion, tantôt d'un « déplacement sans transformation, de stricts enchaînements de causes et d'effets, de transport d'indiscutables nécessités » (Latour, 2012, p. 124), tantôt de « pure transport » aussi illusoire que la « pure objectivité » (Ingold, 2008, p. 102). Ici les deux anthropologues parlent la même langue. Tim Ingold résume :

« We cannot get from location to location by leap-frogging the world, nor can the traveller ever be quite the same on arrival at a place when he set out. »[2]

Nul besoin de traduire, les termes sont clairement posés. Il n'existe aucun passage sans transformation, ce qui fait dire à Latour : « Pour demeurer, il convient de passer - en tout cas de "passer par" - ce qu'on appelle une traduction. »[3]. Et pourtant, ce sont ces bonds que nous avons feint d'ignorer, ce sont ces zones blanches de la carte que nous devons arpenter effectivement, ce sont ces assomptions de pure transport que nous devons disqualifier. Et pour celles et ceux qui pensent encore pouvoir, coûte-que-coûte, excaver du réel par une objectivation gratuite (ie. sans transformation aucune), ouvrons le débat avec l'echaînement de questions du physicien et philosophe des sciences Etienne Klein :

« Qu’est-ce qui est réel ? Est-ce que ce qui est réel nous accessible ? Et s’il nous est accessible, peut-on le saisir tel qu’il est en lui-même ? Ou bien nous est-il toujours livré accompagné d’une partie de nous-mêmes, de ce que nous croyons savoir sur lui, de ce que nous pensons à propos de sa nature ? Le réel peut-il apparaître autrement que déformé ou masqué, augmenté ou rétrécit ? »[4]

A présent, si l'on entend bien la théorie comme un point de rebond et non plus d'arrêt du travail, alors peut s'instaurer une circulation vivace et créative, l'un ne va pas sans l'autre dira-t-on. Cette expression est presque devenue une maxime contemporaine présidant à la révision de nos concepts au cours d'une sorte d'éclair de conscience cernant ces opérations de ruptures auxquelles nous nous serions de trop livrés. Cette discussion qui parfois se précipite sur le terrain de l'éthique anime toute la littérature contemporaine sur le paysage. Mais on pourrait trouver assez bien d'exemples de travaux dans une multitude d'autres champs des Humanités qui mettent en évidence les mêmes manquements, le même « aveuglement charmant ».

D'où l'importance du binôme pratique-théorie (« pratique trait d'union théorie ») dans le paysage bien sûr mais aussi plus généralement dans notre pratique du quotidien. Le mouvement dans l'une, impose une vigueur épistémologique particulière dans l'autre. Pratique et théorie ne sont plus deux moments mais deux pendants, deux procédures en instance perpétuelle mais intrinsèquent liées car au quotidien, nos moindres gestes en actes comme en pensées nous donnent une position dans ce monde et nous conduisent sur un trajet au cours duquel des affordances se dégagent, avant de devenir des leviers de créations.

Suivons, pour conclure, le fil des transformations silencieuses de François Jullien (Paris, 2009). De la « modification-continuation » :

« D'une part ces deux termes s'opposent, la modification à la continuation : la modification "bifurque" et la continuation "poursuit", l'une "innove" et l'autre "hérite". Mais de l'autre et en même temps, chacun des termes marque la condition de l'autre : c'est grâce à la "modification" que le procès engagé ne s'épuise pas mais, se renouvelant par elle, peut "continuer" ; et, réciproquement, c'est la continuité, ou plutôt la continuation, qui permet de "communiquer" au travers même de la "modification" qui survient et fait d'elle aussi un temps de passage. » [5]

Voici donc une longue réflexion pour partager avec vous, l'un des tous derniers éléments étayés de mes recherches. J'aurai un certain nombre de documents à partager un peu plus tard.

Vous pouvez télécharger le document ici : 06-plan_argumenté.pdf

Notes

[1] Bruno Latour, Enquête sur les modes d'existence. Une anthropologie des Modernes, Paris, 2012, p. 91.

[2] Tim Ingold, Lines : A Brief History, Londres, 2008, p. 102.

[3] Bruno Latour, op. cit., p. 53.

[4] Etienne Klein, Le monde selon Etienne Klein, France Culture, chronique du 8 mai 2014.

[5] François Jullien, Les transformations silencieuses, Paris, 2009, p. 26-27.

Calme blanc : composite du possible et du projeté

C'est sous ce titre que j'ai débuté mes recherches. Je voudrais partager le tout premier texte qui formalise mon projet.

05-calme-blanc.pdf

Devenir-imperceptible en système paysager (résumé)

En vue de la prochaine présentation d'un essai, je me suis livré à l'exercice délicat de résumer mes recherches. Le titre actuel est Devenir-imperceptible en système paysager et repose sur un axiome simple :

Le paysage n'est pas le monde vu mais une construction culturelle de ce monde.[1]

S'il est une construction culturelle, alors le paysage est un objet culturel au mode d'existence particulier. Mais quel est-il ? Le paysage existe-t-il de notre fait ? Ou bien produit-il des effets qui nous traversent ? En corollaire, allons-nous vers lui ou bien fond-il sur nous ?

04-devenir-imperceptible-en-systeme-paysager-resume.pdf

Note

[1] Denis Cosgrove, Social Formation and Symbolic Landscape, New Jersey, 1983, p. 13.